01.06.2010

Contes cruels


      Une iIllustration d’extraits de contes choisis pour leur cruauté par des enfants : Le petit Poucet, Ali Baba, Sindbad, Le chaperon rouge et Hans le joueur de flûte. E n collaboration avec la ZEP de Forest, Spoutnik et la Maison des Enfants,

 

04.08.2009

L'homme qui plantait des arbres


Un conte de Jean Giono



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23.03.2008

Le dimanche, ça me branche.


     Un bien joli conte de Pâques

     Il se passe beaucoup de choses dans les bois, au printemps... Les fées sortent de leur cachette hivernale pour répandre, à coups de baguettes magiques, les petites fleurs et la joie dans la forêt, jusqu'à ce que...

 

25.10.2007

Lucie et le monde des enfants invisibles

lucie
Dans le jardin de Léon, le vent siffle sa chanson douce.
Les arbres murmurent ; les herbes balancent.
Lucie étincelle enlacée dans les rubans de la nuit.

01.07.2007

Le dimanche ça me branche : L’enterrement – conte à Rêver debout – Martin Winckler.

enterrement

 

    L’église est grande, mais elle n’est pas pleine, quand même. On est un jour de semaine, beaucoup de gens travaillent, et puis bien sûr en 95 ans on a le temps de faire des rencontres et de se lier avec beaucoup d’humains.

 

    Mais quand on est une dame plutôt discrète, qui a toujours vécu simplement, qui n’a jamais fait grand bruit, qui s’est contentée d’élever ses enfants aussi dignement que possible, on n’est pas enterrée en grande pompe, comme un chef d’état ou une vedette de cinéma. Et c’est tant mieux, parce que ça ne serait pas correct.

 

    Cela dit, l’église n’est pas vide non plus. Il y a du monde. Ça a beau être une occasion un peu triste, ça fait quand même chaud au cœur. Je regarde l’assemblée. Devant, il y a les enfants, les petits enfants, et même une kyrielle d’arrière petits enfants, qui ne savent pas qu’ils viennent à l’enterrement de leur aïeule. Derrière eux, des amis, des parents plus ou moins éloignés, des amis de parents et des parents d’amis. Les enterrements, c’est comme les mariages, on y voit des hommes et des femmes qu’on ne verrait jamais autrement.

Tiens, ceux-ci, par exemple, tout au bout du rang : je les connais, ce sont les petits cousins de... Et ceux là, non, je ne les ai jamais vus, mais je sais qui c’est. Dans ma situation, on sait ce genre de choses.

 

    Le premier fils qui prend la parole, un des plus âgés, dit des mots simples, les mots d’un homme pieux, qui laissent entendre avec raison que partir à cet âge, c’est triste, mais pas scandaleux. A 95 ans, on a vécu sa vie, et quand on l’a vécue en s’efforçant de ne faire de mal à personne, il n’y a pas à rougir de la quitter, ni à pleurer de voir qu’on l’a quittée.

 

    Et puis c’est au tour du curé, qui a commencé ici, dans cette même paroisse, plusieurs décennies auparavant, et qui en est parti, et qui est revenu, et qui raconte avoir connu la défunte alors, et l’avoir retrouvée il y a quelques années, avoir repris ses conversations avec elle comme si elles s’étaient interrompues la veille. "Quand elle me parlait de sa mort, dit-il, je lui répondais Oh, quand vous mourrez, il n’y aura rien d’autre à faire que de chanter Alléluia. Alors, chantons Alléluia".

 

    Puis le chantre se lève et se met au pupitre, et l’orgue retentit. Il lance un premier psaume, et invite fidèles et non croyants à reprendre en chœur les mots qui s’affichent - tiens, j’ai jamais vu ça, c’est original - sur un écran installé près de l’autel, au vu de tout le monde. Bon, tout le monde n’a pas toujours un livre de messe sous la main, alors c’est une bonne idée.

J’aime bien les psaumes qu’ils ont choisis, surtout Le seigneur est mon berger. Un jour, mon plus jeune fils m’a dit que c’était le psaume favori des américains, celui qu’on dit dans tous les films.

 

    Après, une des filles monte au pupitre, près du curé, et demande à l’assemblée de prier pour ceux qui n’ont pas pu venir, et ceux qui sont déjà partis. Et le chantre revient diriger le chant de l’assemblée, avec ses petits gestes doux de chef de chœur, et ceux qu’il fait à la fin pour indiquer que c’est terminé, le geste de replier un livre.

 

    Une des petites filles, jolie comme un cœur, monte sur l’estrade pour entonner l’Ave Maria. Le curé lui donne une hostie, et je me demande avec malice si elle saura chanter la bouche pleine. La pauvre, on lui en demande beaucoup, elle est émue comme tout. Chanter comme ça, face à tous ces gens qui pleurent, dans cette église immense... Mais sa voix est belle et ample, et elle emplit l’espace et fait vibrer les larmes.

 

    Enfin, c’est l’un des fils, le plus jeune, qui prend la parole. Il a écrit un long texte, quatre pages entières, et pendant qu’il le lit, ce ne sont pas les visages qui vibrent sous sa voix, mais les corps tout entiers. Il raconte sa petite maman, sa vieille maman, très vieille et très maman, et la manière dont elle croquait ses biscottes. Il évoque sa vie, et la grande famille qu’elle a élevée seule. Et sa voix emplie d’énergie, d’un mélange de chagrin et de colère, pas contre la défunte, non, mais contre les vivants et leur fâcheuse tendance à défaire ce qui a été patiemment tissé, jour après jour, avec amour et simplicité, sa voix tonne dans le micro et se brise, mais se tient debout, comme elle aussi, elle s’est tenue debout.

 

    La cérémonie prend fin. Les arrière petits enfants trottent, leurs bougies à la main, pour les déposer dans un coin de l’autel, où ils rappelleront la présence de la disparue. Et les hommes et les femmes défilent devant le cercueil, et l’aspergent d’eau bénite ou posent un baiser dessus. Et puis enfin la dépouille part vers sa dernière demeure, et tandis que des bras la soulèvent et la portent hors de l’église, tout le monde s’assemble autour de la famille, se salue, s’embrasse chaleureusement, pas trop tristement, après tout, une vieille dame de 95 ans qui part, c’est dans l’ordre des choses.

 

    Et tandis qu’ils se séparent, je me dis doucement : s’il est vrai qu’on finit sa vie comme on l’a vécue, tout compte fait, aujourd’hui, Maman Schmitlin doit se dire : "J’ai eu l’enterrement qui me ressemblait".