30.12.2005

Conte de Noël

Le petit Henri, à l’affût derrière le fauteuil du salon, attendait, le cœur battant. Il était minuit moins trois minutes. Bientôt il pourrait surprendre le père Noël et lui extorquer, à force de supplications, un wagon postal pour son train électrique.

Les douze coups de minuit s’égrenèrent, et tout de suite après, des petits morceaux de suie commencèrent à tomber dans les chaussures que le petit Henri avait déposées juste sous le conduit.

Puis ce fut le père Noël en personne qui fit son apparition, dans son bel habit rouge maculé de suie.

- Bouh, fit-il d’une voix de fausset, et en zozotant, ze me suis tout çali !

Lorsqu’il aperçut Henri, il frappa dans ses mains.

- Oh ! Le raviçant petit garçon ! Bonzour petit garçon !

- Bonjour père Noël…

Le petit Henri était interloqué. Ce n’était pas ainsi qu’il imaginait le père Noël. Celui-ci était jeune et plutôt maniéré.

- Viens t’aceoir çur mes zenoux… ze te donnerai des bonbons.

Le père Noël s’était assis sur le rebord de la cheminée. Henri s’empressa d’obéir. Les bonbons étaient délicieux, et les caresses qui les accompagnaient douces, très douces…

- Où sont tes parents ? demanda le père Noël d’une voix insidieuse.

- Maman est à la montagne, et papa dort dans sa chambre, expliqua sérieusement Henri.

- Très bien. Alors ze vais aller dire bonzour à ton papa… Recouce-toi et çois çaze.

À pas de loup, l’homme en rouge se glissa dans la chambre du papa d’Henri.

Sans faire de bruit, il ôta ses grosses bottes.

Le père, endormi, balbutia :

- Qui est là ?

- C’est le père Noël, fit le père Noël.

Et il le sodomisa.

Ce conte de Noël est signé Roland Topor.


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